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Cameroun : 40 jours sans Biya, un vice-président attendu, le pays en état de veille - KOACI

Jul 18, 2026  Twila Rosenbaum 43 views
Cameroun : 40 jours sans Biya, un vice-président attendu, le pays en état de veille - KOACI

Une absence prolongée qui interroge

Depuis le 7 juin 2026, le président Paul Biya a quitté le Cameroun pour ce qui a été officiellement présenté comme un « court séjour privé ». Quarante jours plus tard, il n'est toujours pas rentré. Ce laps de temps sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1982 suscite des interrogations croissantes, d'autant que le contexte constitutionnel a récemment été profondément modifié.

Pendant cette période, les seuls actes officiels attribués au chef de l'État sont des décrets concernant les Forces de Défense et quelques télégrammes de courtoisie adressés à ses homologues étrangers. Aucune signature n'a été apposée sur des dossiers économiques, sociaux ou administratifs. Les ministères fonctionnent au ralenti, faute d'arbitrage présidentiel.

Le nouveau cadre constitutionnel

Le Cameroun a récemment adopté une révision constitutionnelle majeure. Parmi les changements les plus significatifs figure la réintroduction du poste de vice-président, supprimé en 1984. Selon le nouveau texte, le vice-président devient le successeur constitutionnel automatique en cas de vacance du pouvoir. Il doit achever le mandat en cours. Le président Biya a promulgué cette loi, mais il n'a toujours pas nommé le titulaire du poste.

Sous l'ancienne Constitution, en cas d'empêchement ou de vacance, c'était le président du Sénat qui assurait l'intérim pendant 90 jours, le temps d'organiser une élection présidentielle anticipée. Ce mécanisme était clair et avait déjà été testé. La nouvelle Constitution change la donne : seul le vice-président peut saisir le Conseil Constitutionnel pour faire constater la vacance du pouvoir. Si la fonction n'est pas pourvue, la procédure se trouve bloquée.

Un vide juridique potentiellement dangereux

C'est là que réside le problème central. Si une vacance survenait maintenant – par exemple pour raison médicale ou décès – personne ne serait en mesure de déclencher la procédure constitutionnelle. Le vice-président n'existant pas encore, la transmission du pouvoir serait plongée dans une zone grise. Selon un universitaire spécialiste du droit constitutionnel cité dans les médias, « imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée. Le pays peut sombrer dans une crise constitutionnelle. »

Ce vide a été mis en lumière par la circulation sur les réseaux sociaux d'un faux décret annonçant la nomination d'un vice-président. Bien que rapidement démenti, ce « vrai-faux décret » a révélé l'inquiétude et la confusion qui règnent dans l'opinion publique et jusque dans les cercles politiques.

Le pays en attente

En l'absence de signature présidentielle, l'administration tourne au ralenti. Les nominations aux postes clés, les arbitrages budgétaires, les ordonnances d'application des lois : tout est suspendu. Les investisseurs et partenaires internationaux observent avec une attention croissante la situation. L'incertitude politique pèse sur l'environnement des affaires déjà fragilisé par la crise économique et les défis sécuritaires dans les régions anglophones et l'Extrême-Nord.

Le gouvernement observe un silence officiel. Aucun ministre n'a commenté publiquement cette absence prolongée ni le vide juridique autour de la succession. Dans l'opposition et la société civile, des voix s'élèvent pour demander la nomination rapide d'un vice-président. « Dans tout État, la présidence ne devrait pas rester sans successeur désigné, même pendant une seule journée », a déclaré un militant des droits de l'homme.

Au sein du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), la consigne est à l'apaisement et à la confiance dans les institutions. On appelle à attendre le retour du président Biya, qui serait selon certains proches prochain. Mais aucun calendrier n'a été officiellement communiqué.

Les précédents historiques

Ce n'est pas la première fois que Paul Biya s'absente longuement. En 2018, un séjour à Genève de près de trois semaines avait alimenté les rumeurs sur son état de santé. Mais la durée actuelle de 40 jours est inédite. Depuis 1982, le président Biya a toujours veillé à garder un contrôle serré sur l'appareil d'État, y compris lors de ses voyages. La situation actuelle révèle les failles potentielles du système lorsque le sommet de l'État est momentanément indisponible.

La réintroduction du poste de vice-président était une demande ancienne de plusieurs forces politiques, notamment de l'opposition et d'une partie du RDPC, qui voyaient dans cette fonction un moyen de sécuriser la transition et d'éviter les crises de succession. Le processus de révision constitutionnelle a été accéléré au premier semestre 2026, et adopté par l'Assemblée nationale et le Sénat avec une majorité confortable. Mais la nomination du vice-président a été repoussée, officieusement en raison de désaccords sur le profil idéal : un politicien chevronné, un technocrate ou un militaire ? Les spéculations vont bon train.

Les réactions sur la scène internationale

Les partenaires du Cameroun – Union européenne, France, États-Unis, Chine, institutions financières internationales – suivent de près l'évolution. Officiellement, ils se contentent de rappeler l'importance de la stabilité et du respect de l'ordre constitutionnel. Mais en privé, des diplomates expriment leur préoccupation face à ce qu'ils perçoivent comme une fragilité institutionnelle inattendue. « Le Cameroun est un acteur clé en Afrique centrale. Un flou sur la succession pourrait avoir des répercussions régionales », a confié une source diplomatique sous couvert d'anonymat.

Les scénarios possibles

Plusieurs hypothèses sont envisagées par les analystes. La plus optimiste : le président Biya rentre dans les prochains jours et nomme rapidement un vice-président, rétablissant ainsi le mécanisme de succession. Une autre hypothèse : il prolonge son séjour pour des raisons de santé non divulguées, et la pression politique monte jusqu'à ce que le gouvernement soit contraint de clarifier la situation. Le scénario le plus redouté : une vacance soudaine sans vice-président nommé, plongeant le Cameroun dans une crise constitutionnelle que les institutions actuelles ne seraient pas en mesure de résoudre rapidement.

Dans tous les cas, l'absence de 40 jours a déjà provoqué un débat national sur la résilience des institutions camerounaises. Le vide juridique autour de la vacance du pouvoir, combiné à l'absence prolongée du chef de l'État, a créé un climat de veille et d'incertitude. « Nous sommes dans une situation où la lettre de la Constitution ne peut pas s'appliquer parce que l'une de ses pièces maîtresses manque », résume un professeur de droit public à l'Université de Yaoundé.

La balle est désormais dans le camp du président Biya. Où qu'il se trouve en Europe, il lui revient de dissiper les inquiétudes en nommant sans plus tarder le vice-président prévu par la nouvelle Constitution. L'enjeu dépasse la simple formalité administrative : il s'agit de garantir la continuité de l'État et d'éviter que le Cameroun ne se retrouve, comme le craignent certains observateurs, au bord d'une crise politique majeure.


Source:KOACI News


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