
Hadrien Desuin s'impose comme une voix singulière dans le débat géopolitique français. Essayiste et observateur avisé des affaires internationales, il publie régulièrement des tribunes dans lesquelles il fustige les errements de la diplomatie américaine et les naïvetés européennes. À travers une série d'articles récents, il dresse un constat sévère : les États-Unis, après vingt ans de guerre en Afghanistan, ont essuyé une défaite cuisante, tandis que leurs interventions au Moyen-Orient ont créé plus de chaos que de stabilité.
L'Afghanistan, symbole de l'impuissance américaine
Dans sa tribune intitulée « Afghanistan : L'évidente défaite américaine », Hadrien Desuin analyse le retrait chaotique des troupes américaines ordonné par Joe Biden en juin 2021. Pour lui, cette guerre de vingt ans se solde par un échec retentissant. Les États-Unis n'ont pas réussi à instaurer la démocratie dans un pays fracturé par les ethnies et les traditions tribales. Bien plus, leur départ précipité a laissé le champ libre aux talibans, qui ont repris le pouvoir sans coup férir. Desuin souligne que ce conflit illustre les limites de l'interventionnisme militaire occidental : on ne peut pas exporter des valeurs démocratiques par la force des armes.
Cette analyse rejoint ses critiques plus générales de la politique étrangère américaine. Dans « Quand Joe Biden vient en Europe mettre en scène le retour des États-Unis à la tête des démocraties », il décrypte la tournée européenne du président américain comme une tentative de restaurer la primauté des États-Unis sur le Vieux Continent. Mais pour Desuin, cette mise en scène masque mal le déclin relatif de la puissance américaine, incapable de tenir ses promesses.
L'Iran et la Turquie : des dossiers brûlants
L'essayiste s'intéresse également aux relations américano-iraniennes. Dans « Trump a offert un martyr de plus aux mollahs iraniens », il revient sur l'assassinat du général Qassem Soleimani, chef de la force Al Qods. Loin d'affaiblir l'Iran, cette exécution a renforcé le régime des mollahs et affaibli l'influence américaine en Irak. Desuin y voit un fiasco diplomatique, même s'il concède que Donald Trump a pu en tirer un bénéfice électoral à court terme.
Sur la Turquie, ses positions sont sans ambiguïté. Dans plusieurs articles, il appelle à exclure ce pays de l'OTAN, dénonçant le « double-jeu » de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc utilise des groupes djihadistes pour combattre les Kurdes en Syrie, tout en restant membre de l'Alliance atlantique. Desuin rappelle que la Turquie est un des principaux responsables du drame syrien et que l'Europe devrait sanctionner Ankara plutôt que de céder à son chantage migratoire. Dans « Comment la Turquie joue au poker menteur avec l'Union européenne », il montre comment l'UE s'est laissé piéger par Erdogan, qui impose ses conditions plutôt que de respecter les critères d'adhésion.
La France et l'Europe dans le jeu mondial
Hadrien Desuin ne ménage pas non plus la diplomatie française. Il déplore la perte d'influence de la France sur la scène internationale, comme dans sa tribune « ONU : La France n'en finit plus de renoncer à la puissance ». Selon lui, Emmanuel Macron, malgré ses discours multilatéralistes, n'a pas su restaurer le rang de la France. Le traité d'Aix-la-Chapelle, signé avec l'Allemagne, est jugé plus symbolique que stratégique, maintenant la défense européenne sous la coupe de l'OTAN et donc des États-Unis.
Dans « De quoi le multilatéralisme d'Emmanuel Macron est-il le nom ? », Desuin critique le discours du président à l'ONU, estimant qu'il ignore les rapports de force réels entre États. Pour lui, le multilatéralisme ne peut fonctionner que si la France et l'Europe retrouvent une capacité d'action autonome, ce qui passe par une sortie de l'OTAN et une réorientation stratégique vers une véritable défense européenne.
Syrie : le grand jeu des puissances
La Syrie occupe une place centrale dans ses analyses. Dès 2015, il défendait l'idée que la Russie et le régime de Bachar al-Assad sont les seuls alliés fiables dans la lutte contre Daech. Dans « Libération de Palmyre : à Bruxelles comme en Syrie, l'angélisme doit laisser place au réalisme », il fustige l'inaction de la coalition occidentale et appelle à un partenariat avec Moscou. Plus tard, dans « Syrie : la trêve n'aura pas lieu », il prédit l'échec des accords de cessez-le-feu américano-russes, tant que les Occidentaux continueront à soutenir des « rebelles modérés » qui n'existent pas.
Sur la question kurde, Desuin est également très critique envers la passivité de l'OTAN. Dans « Il faut exclure la Turquie de l'OTAN », il dénonce les massacres commis par les Turcs et leurs alliés djihadistes contre les Kurdes d'Afrine. Selon lui, cette complaisance des Occidentaux à l'égard d'Ankara affaiblit la lutte contre le terrorisme et ternit l'image de l'Alliance.
Les présidents américains : Trump et Biden vus par Desuin
Hadrien Desuin porte un regard nuancé sur Donald Trump. Il reconnaît au président républicain le mérite d'avoir refusé une nouvelle guerre froide avec la Russie, comme lors du sommet d'Helsinki (« Helsinki : Comment Trump a refusé une deuxième guerre froide »). Il approuve également son retrait de Syrie, même s'il en attribue le bénéfice à Erdogan. Mais il critique son impulsivité, comme dans l'affaire Soleimani, et son manque de constance. Sous Trump, les États-Unis ont pourtant rompu avec l'interventionnisme néoconservateur, ce que Desuin salue.
Avec Joe Biden, le retour à une diplomatie traditionnelle ne lui paraît pas plus prometteur. La tournée européenne du président démocrate n'est qu'une tentative de restaurer une hégémonie déclinante. Les États-Unis restent prisonniers de leur propre narration, incapables de reconnaître leurs échecs. Dans « Afghanistan : L'évidente défaite américaine », il conclut que la leçon à tirer est simple : la puissance militaire ne peut pas tout, et les valeurs démocratiques ne s'imposent pas par les armes.
Au total, les articles d'Hadrien Desuin offrent une fresque saisissante de la géopolitique contemporaine. Du retrait d'Afghanistan aux crispations avec la Turquie, en passant par les errances de la politique iranienne, ses analyses se caractérisent par un réalisme assumé et une indépendance d'esprit rare dans le débat médiatique français. Il incarne une école de pensée qui, sans tomber dans le complotisme, remet en cause les dogmes de l'interventionnisme occidental. Ses lecteurs y trouvent des clefs pour comprendre les ressorts profonds des relations internationales, loin des illusions.
Source:Le Figaro News
