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Donald Glover, l'acteur fermier qui fait pousser ses idées

Jul 08, 2026  Twila Rosenbaum 7 views
Donald Glover, l'acteur fermier qui fait pousser ses idées

“Prends celui-ci, il est mûr.” Donald Glover tend un avocat charnu, fraîchement cueilli sur l’arbre. Sa barbe parsemée de poils blancs, ses boucles sous une casquette bleue usée, il incarne un nouveau chapitre de sa vie : celui de fermier. Dans sa vaste ferme d’Ojai, en Californie, il a implanté le siège social de Gilga, sa société de production, incubateur et espace culturel. Autour, des orangers, une vieille église transformée en lieu de spectacle, des logements pour créatifs, des salles de montage et une sandwicherie artisanale. Le rêve de tout artiste, à mi-chemin entre le Skywalker Ranch et une communauté d’esprits libres.

Scénariste, acteur, rappeur, showrunner et maintenant fermier, Glover est l’un des artistes les plus polyvalents de sa génération. “Mon objectif, c’est de travailler avec les meilleurs pour assurer une production durable. La culture consommée sur nos téléphones n’est pas de grande qualité. Gilga est là pour filtrer tout ça.”

De 30 Rock à Atlanta : l’ascension d’un génie

Glover commence sa carrière dans l’écriture pour la sitcom 30 Rock en 2006, grâce à un programme de diversité. Il y côtoie Tina Fey et Tracy Morgan, qui reconnaît son talent immédiat. Mais le syndrome de l’imposteur le ronge. Puis vient Community (2009), où il incarne Troy Barnes. Parallèlement, il développe son alter ego Childish Gambino, sortant l’album Camp en 2011. Pourtant, il peine à percer : des refus au Saturday Night Live, des concerts hués, des rôles attribués à d’autres.

La sortie d’Atlanta en 2016 change la donne. La série, acclamée pour sa vision audacieuse de la vie des Noirs américains, lui vaut deux Golden Globes, cinq Grammys et deux Emmys. Glover devient alors le nouveau visage à connaître : Lando dans Star Wars, Simba dans Le Roi Lion. Il signe des contrats avec FX et Amazon, lance des sneakers avec adidas et New Balance.

Gilga : une philosophie de la qualité

L’objectif de Gilga est de proposer un divertissement “de première fraîcheur”. “C’est comme quand tu vas au marché en hiver et qu’il n’y a pas de pêches. Je ne vais pas te vendre des pêches de merde juste parce que tu en veux une.” Des projets ambitieux sont déjà en cours, notamment un court-métrage réalisé par Malia Obama, la fille de l’ancien président. Glover la considère comme sa protégée et souligne l’importance de la diversité de pensée, pas seulement optique.

Mais Glover reste lucide : “On mettra la clé sous la porte le jour où on arrêtera de se comporter comme des gosses de riches.” Il explique avoir appris que l’argent ne fait pas tout : ce qui compte, ce sont les gens et la nourriture. Sa vie à la ferme reflète cette quête d’authenticité.

L’héritage d’Atlanta

La série Atlanta a marqué un tournant. Sa troisième saison, expérimentale et polarisante, a fait chuter l’audience de 61 %. Glover assume : “Quand tu fais des trucs punk, il faut t’attendre à des réactions punk.” Il compare son approche à celle de Quentin Tarantino, mais déplore que les créateurs noirs n’aient pas le même bénéfice du doute. Pourtant, la quatrième saison a été saluée par la critique. Glover y a notamment osé un épisode avec Liam Neeson, qui avait tenu des propos racistes. Une manœuvre risquée mais payante : “J’ai rassemblé toute ma bonne volonté pour faire une blague. C’est quoi notre but ? Que les Blancs admettent leur racisme ?”

Glover a aussi critiqué Tyler Perry à travers un personnage nommé Kirkwood Chocolate, un producteur noir aux émissions cheap. Il avait prévenu Perry, mais n’a jamais eu de retour. “C’est ce qui arrive quand on est noir. Ça devient vite personnel.”

Un retour au stand-up

Après une critique sur son ancien spectacle de stand-up, Glover décide de retenter l’expérience, encouragé par Chris Rock. “Le stand-up, ça vient avec l’âge”, lui a dit le comique. Glover avoue sa sensibilité et la colère qu’il porte en lui, héritée de sa famille. Ce nouveau défi pourrait bien être son prochain coup d’éclat.

Au cours d’une semaine passée à Gilga Farm, Glover aborde des sujets légers et graves : ses partenariats avec Amazon, la mort de son père, une opération chirurgicale sur le tournage de Mr. & Mrs. Smith, ou encore une anecdote où The Weeknd lui a demandé s’il était un “vrai n-gga”. À 39 ans, il n’a qu’une idée en tête : offrir du contenu de qualité au grand public. Son mantra : “Je ne sais pas quoi faire d’autre. À chaque fois que je crée, il faut que ce soit LE TRUC.”

Il compare son parcours à celui de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction : “C’était le destin. Dieu a fait ça.” Une foi dans l’art et dans l’authenticité qui guide chacun de ses projets. Avec Gilga, Donald Glover prouve qu’un artiste peut être à la fois fermier, producteur et provocateur, sans jamais compromettre sa vision.


Source:GQ France News


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