
Un retour attendu
L’attente fut longue. Cinq ans après un premier album, Ctrl, déjà acclamé, SZA revient avec SOS, un second opus qui a conquis la presse américaine et britannique. Dès sa sortie, le vendredi 9 décembre, les critiques ont salué un disque « riche, somptueux et plein d’ambition », le considérant même comme le meilleur du moment. La chanteuse de 33 ans, de son vrai nom Solána Rowe, y conforte sa position d’artiste parmi les plus talentueuses de sa génération, capable de transformer ses sentiments les plus intimes en instants indélébiles.
Ce retour était particulièrement attendu. Depuis Ctrl, SZA était devenue une figure incontournable du R'n'B moderne, enchaînant les collaborations avec Kendrick Lamar, Rihanna, Doja Cat ou encore Beyoncé. Mais elle avait également confié à plusieurs reprises son malaise face à la célébrité, allant jusqu’à envisager d’abandonner la musique. SOS apparaît ainsi comme un exutoire, un projet dans lequel elle se serait jetée corps et âme, poussée par l’impression qu’il pourrait s’agir du dernier.
Un album éclectique et sans fausses notes
Ce que la critique retient d’abord, c’est l’éclectisme de l’album. Avec ses 23 morceaux, SOS navigue entre R'n'B, pop, hip-hop, rock et même touches de folk et de gospel. Les spécialistes évoquent un « registre bluffant de mordant », avec des boucles rythmiques chargées de pirouettes acrobatiques. Certains titres semblent taillés sur mesure pour l’été, tandis que d’autres, à l’instar du très abstrait « Low », émergent d’un épais nuage de fumée, au beau milieu d’une longue période de détresse.
La longueur de l’album aurait pu être un défaut. Il n’en est rien. Bien qu’il compte 23 titres, les critiques estiment qu’il n’y a rien de trop, car la qualité est au rendez-vous à chaque chanson. Cette capacité à ne pas s’enfermer dans un style unique, à se jouer des codes et des limites des genres musicaux, fascine. SZA maîtrise l’art du monologue intérieur et parvient à transformer des pensées très personnelles en pièces somptueuses, à la fois intimes et invincibles, auxquelles il est aisé de s’identifier.
L’album est également soutenu par une production soignée, faisant appel à des collaborateurs de renom. On y croise notamment Phoebe Bridgers sur « Ghost in the Machine », Travis Scott sur « Open Arms », Don Toliver sur « Used », et même un sample de feu Ol' Dirty Bastard sur « Forgiveless ». Ces featurings, choisis avec soin, enrichissent encore davantage la palette sonore de SZA.
La vulnérabilité comme moteur
Ce qui frappe aussi, c’est la vulnérabilité de l’artiste. La pochette de l’album dit déjà tout : SZA y apparaît assise seule sur le plongeoir d’un yacht, la mer en fond. Une image inspirée du fameux cliché de la princesse Diana, évoquant le sentiment d’isolement de la star. La chanteuse a maintes fois évoqué sa fragilité et la possibilité d’arrêter la musique, ne supportant pas la pression de la célébrité et des maisons de disques. Peut-être de quoi expliquer la durée de l’album, bien plus d’une heure, comme si elle n’avait cessé d’ajouter des morceaux, poussée par l’impression que ce projet pourrait être le dernier.
Cette vulnérabilité n’est cependant jamais synonyme de faiblesse. SZA possède un talent extraordinaire et rivalise d’inventivité. Elle dépasse la dichotomie entre les figures de la femme forte et de la jeune fille mélancolique en se livrant complètement. Pendant quelques secondes, elle donne l’impression d’être surpuissante, capable de conquérir le monde, et l’instant d’après, elle renvoie l’image d’une femme dépressive, qui passe toujours au second plan et sacrifie son propre bonheur pour des salauds.
Cette complexité pourrait expliquer son succès. SZA paraît à la fois forte et torturée, avec des paroles souvent pleines de découragement, qui alternent désir de solitude et besoin de validation. Mais c’est ce mélange précis de confiance et de vulnérabilité qui suscite tant d’engouement pour sa musique et son personnage. Les auditeurs se reconnaissent dans ses contradictions, dans ses doutes, dans ses colères.
Un féminisme revanchard
Un magazine spécialisé observe qu’elle transcende sa dévalorisation par un féminisme revanchard, notamment sur le morceau « Kill Bill », en référence au diptyque éponyme du réalisateur Quentin Tarantino. Dans cette chanson, SZA imagine des scènes de vengeance violentes contre son ex-amant, mêlant humour noir et désespoir. Un titre devenu rapidement culte, accompagné d’un clip tout aussi remarqué.
L’artiste est par ailleurs unanimement perçue comme une acharnée de travail, ce qui se ressent dans cet opus. Il n’y a aucun faux pas, selon les critiques, qui encensent notamment la bestialité caustique de « Shirt », dont l’accroche est un condensé de ce qu’on aime tant chez SZA : l’insolence, l’ambiguïté, la densité émotionnelle.
Une place à part dans la pop
Si sa fragilité et la pression de l’industrie musicale risquent de venir à bout de sa carrière, sa disparition serait une perte pour la pop, tout difficile d’accès que soit cet album. Mais SOS a aussi rencontré un immense succès commercial. Dès sa première semaine, le disque a dominé les classements mondiaux, devenant l’un des albums de R'n'B les plus streamés de l
Source:Courrier international News
