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Royaume-Uni: sur la sellette, la ministre de l'Intérieur limogée

Aug 19, 2026  Twila Rosenbaum 54 views
Royaume-Uni: sur la sellette, la ministre de l'Intérieur limogée

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a procédé lundi à un remaniement spectaculaire de son gouvernement en limogeant sa ministre de l'Intérieur, la très controversée Suella Braverman, et en nommant son prédécesseur David Cameron au poste de secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Ce changement, attendu depuis des mois, intervient dans un climat politique tendu, à un peu plus d'un an des prochaines élections législatives.

L'annonce a été confirmée par Downing Street dans la matinée, quelques heures après la publication des premières informations par plusieurs médias britanniques. Le remaniement a été présenté comme un remaniement de recentrage, destiné à donner un nouveau souffle à un gouvernement usé par les scandales et les divisions internes.

Les faits clés

  • Suella Braverman, ministre de l'Intérieur, a été limogée par Rishi Sunak.
  • David Cameron, Premier ministre de 2010 à 2016, fait son retour au gouvernement comme chef de la diplomatie.
  • James Cleverly, jusqu'ici ministre des Affaires étrangères, devient ministre de l'Intérieur.
  • Le limogeage fait suite aux critiques de Suella Braverman contre la police de Londres à propos d'une marche pro-palestinienne.
  • La manifestation pro-palestinienne de samedi a réuni plus de 300 000 personnes, avec 145 arrestations.

Le contexte du limogeage

Suella Braverman était sur la sellette depuis plusieurs semaines. Ses déclarations à répétition sur l'immigration, les sans-abris ou la police avaient provoqué des remous jusqu'au sein du Parti conservateur. La goutte d'eau a été une tribune publiée mercredi dernier dans le Times, dans laquelle elle accusait la police de Londres de partialité pour avoir autorisé une grande marche pro-palestinienne prévue samedi.

Selon les règles habituelles du gouvernement, ce type d'article aurait dû être validé par Downing Street. Ce ne fut pas le cas. Au-delà du manquement protocolaire, ses propos ont été perçus comme une atteinte à l'indépendance opérationnelle de la police, un principe fondamental au Royaume-Uni. Rishi Sunak, déjà fragilisé par les mauvais sondages, n'a pas pu laisser passer cette nouvelle provocation.

Une personnalité clivante

Native de Harrow, dans la banlieue de Londres, Suella Braverman est une avocate spécialisée en droit public. Elle a été élue députée en 2015 et s'est rapidement imposée comme une figure de l'aile droite du Parti conservateur. Brexit, immigration, valeurs traditionnelles : elle incarnait une ligne dure, populaire auprès d'une partie des militants, mais jugée toxique par d'autres.

Durant son passage au ministère de l'Intérieur, elle a multiplié les formules choc. Elle a qualifié les arrivées de réfugiés traversant la Manche d'« invasion », évoqué un « ouragan » migratoire en Grande-Bretagne et affirmé que certains sans-abris vivaient dans des tentes par choix, un « mode de vie » qu'il fallait « refuser ». Ces propos ont suscité l'indignation des associations et de l'opposition, mais aussi des critiques au sein même de la majorité.

Ce n'est pas la première fois que Suella Braverman est écartée du gouvernement. En octobre 2022, elle avait été contrainte de démissionner après avoir utilisé son adresse électronique personnelle pour transmettre des documents officiels. Elle avait été remplacée à ce poste par Rishi Sunak quelques jours plus tard, lorsqu'il est devenu Premier ministre, dans un apparent souci de maintien de l'unité du parti.

David Cameron, un retour inattendu

L'annonce la plus surprenante du remaniement est sans conteste le retour de David Cameron. Âgé de 57 ans, il fut Premier ministre de 2010 à 2016. Arrivé au pouvoir à la faveur d'un gouvernement de coalition avec les libéraux-démocrates, il avait ensuite obtenu de justesse une majorité absolue en 2015. Son mandat a été marqué par la politique d'austérité, le référendum sur l'indépendance de l'Écosse et surtout par le référendum européen de 2016.

Alors qu'il avait appelé à voter contre le Brexit, le résultat du scrutin lui fut fatal. Il démissionna le lendemain de la victoire du camp du Leave, laissant son parti et le pays dans une profonde crise politique. Cette séquence douloureuse avait conduit de nombreux observateurs à le croire définitivement écarté des responsabilités. Son retour au gouvernement, comme secrétaire d'État aux Affaires étrangères, a donc surpris tout le monde.

Sur X (anciennement Twitter), David Cameron a justifié son retour par sa volonté de mettre son expérience au service des « défis vitaux » du moment, citant « la guerre en Ukraine et la crise au Moyen-Orient ». Il a également apporté son soutien à Rishi Sunak, le décrivant comme un Premier ministre « fort et compétent », faisant preuve d'un leadership exemplaire dans une période difficile. Son entrée au gouvernement implique qu'il siège de nouveau à la Chambre des lords, puisqu'il n'est plus député.

Un Premier ministre en quête de renouveau

Rishi Sunak, ancien banquier d'affaires âgé de 43 ans, est à Downing Street depuis octobre 2022. Il avait été nommé après la brève et désastreuse expérience de Liz Truss, dont le mini-budget avait affolé les marchés financiers. Sunak avait alors promis de rétablir la crédibilité économique du pays, mais sa tâche s'est révélée plus difficile que prévu.

Les enquêtes d'opinion le donnent systématiquement largement distancé par le Parti travailliste de Keir Starmer. À moins d'un an des élections législatives, qui doivent avoir lieu au plus tard en janvier 2025, les conservateurs semblent promis à une défaite historique. Le limogeage de Suella Braverman et le retour de David Cameron sont perçus comme une tentative de recentrage, censée attirer les électeurs modérés.

Le changement de ministre de l'Intérieur est également un signe adressé à l'aile droite du parti, qui reste influente. James Cleverly, que l'on présente comme un proche de Rishi Sunak, prend la tête du Home Office. Sa nomination vise à apaiser les relations avec la police et à donner une image plus modérée, dans la continuité des annonces du gouvernement sur la lutte contre l'immigration clandestine.

Des divisions sur le conflit au Moyen-Orient

Le conflit entre Israël et le Hamas divise la classe politique britannique, comme dans plusieurs autres pays européens. Suella Braverman s'était distinguée en soutenant le gouvernement israélien et en dénonçant les manifestations pro-palestiniennes. La marche organisée samedi à Londres rassemblait plus de 300 000 personnes, ce qui constitue l'une des plus grandes mobilisations de ce type au Royaume-Uni.

Malgré l'opposition du gouvernement et les mises en garde de la police, la manifestation s'est déroulée dans le calme, selon les autorités. Rishi Sunak a toutefois dénoncé la présence de sympathisants du Hamas, ainsi que celle de contre-manifestants nationalistes. La police de Londres a annoncé dimanche avoir procédé à 145 arrestations, essentiellement parmi les contre-manifestants et les participants à la manifestation.

Le remaniement ne mettra pas fin aux fractures internes. Au sein du Parti travailliste, la position de Keir Starmer, jugée trop pro-israélienne par certains élus, a provoqué plusieurs démissions, dont un membre de l'équipe dirigeante. Les divisions traversent également les conservateurs, où l'aile droite pourrait continuer à faire entendre sa voix après le départ de sa figure la plus en vue.


Source:Rtn News


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